A propos de ce blog

« Qu’importe la montagne pourvu qu’il y ait de la pente »

Nathalie

En juin 2021, je continue à écrire l’histoire de ce blog seule.

En effet, Pierre-André arrête les randonnées pour des raisons familiales. Ce blog créé et enrichit pendant plus de deux ans à 4 mains reste une aventure exceptionnelle.

Depuis 2019, l’année qui m’a permis de profiter de la randonnée en montagne d’une manière que je n’avais jamais encore expérimentée, à tel point qu’une personne chère à mon cœur m’a demandé “peux-tu exprimer vraiment ce que cela t’apporte de faire de la randonnée” ?
Cela m’a interpellé, après lui avoir répondu, ça me fait du bien, elle m’a dit oui mais cherche au fond de toi pourquoi tu aimes tant cela. Du coup j’ai commencé à m’interroger !
Spontanément, j’aime le rythme de la marche, qui me permet de ralentir et m’évite la précipitation, mais au-delà de l’effort physique, me recharger en énergie, évacuer mes tensions et pensées, faire le vide en moi, me ressourcer, augmenter ma capacité physique, pulmonaire, ma résistance, mon endurance, j’ai aussi remarqué que pour que la magie opère et me sentir en paix, c’est au-dessus de 1500m que je trouve mon terrain de jeu idéal. Et ces recherches ont réveillé un tas de choses, d’abord ma grande sensibilité, peut-être qu’en montagne, mes sens sont moins sollicités par des superficialités, ils s’affinent, ils sont à l’affut des odeurs, de la faune, de la flore, il m’arrive souvent de lever la tête et de voir un oiseau dans le ciel, le plus récent en ce mois de novembre étant un gypaète barbu. Mais cela m’a aussi reconnectée à des souvenirs et ressentis d’enfance, comme cette année de classe d’enfantine passée en punition le nez dans les tabliers de peinture derrière la porte de la classe parce que je ne savais pas parler, et ensuite mon ennui certain lors de dictées ou de lectures, (tout allait vraiment trop lentement pour moi) peut-être qu’aujourd’hui je serai suivie par un logopédiste, je souffrirai de troubles de l’attention ou serai “à haut potentiel”, toujours en est-il que la randonnée permet à mon esprit et à mon corps de se recentrer, s’aligner, être en accord et trouver la paix et la joie en moi. Finalement, j’en suis arrivée aux conclusions suivantes, le fait de marcher beaucoup plus m’a permis de repousser certaines limites et a renforcé ma confiance en moi, ma résilience, mon autonomie et ma force vitale.
Je ne peux pas parler de randonnées sans exprimer toute la gratitude et la chance inouïe que j’ai d’habiter et de vivre en Suisse, à quelques kilomètres des sommets, des cols et des sentiers accessibles et attractifs. Je dois aussi mentionner que je m’autorise à partir marcher, de mettre cela dans mon agenda, comme toutes mes autres activités.
Cet article serait incomplet sans parler du livre “10 bonnes raisons d’aller marcher” de Thierry Malleret, qui m’a permis d’appréhender de manière scientifique et rationnelle, ce que je ressens intuitivement. J’ai retenu quelques points qu’il évoque, Marcher est une activité qui permet de ralentir, de prendre son temps, Il n’est pas nécessaire de marcher beaucoup (30 minutes) mais régulièrement pour profiter des bienfaits de la marche, Marcher permet de clarifier ses pensées, de prendre des décisions, l’auteur, dans son activité professionnelle, emmène d’ailleurs des entrepreneurs et chefs d’entreprises en montagne, La marche permet de se libérer (de faire de l’espace) de la dépendance à internet, smartphone et réseaux sociaux. La marche est plus bénéfique en montagne, l’immensité des lieux permettant un émerveillement plus intense et une attention plus concentrée. La marche est accessible à chacun (hors problèmes de santé) et réduit de ce fait les inégalités, La marche est bonne pour l’environnement, marcher plus et moins prendre sa voiture, Il va même jusqu’à envisager que la marche pourrait être imposée (par les assurances, les employeurs, l’état ?). Beaucoup d’écrivains sont ou étaient des marcheurs convaincus, écriture et marche semblent être interdépendantes.
Voilà, je suis contente si vous avez envie de mettre vos chaussures et de sortir randonner maintenant.

Nathalie


2019 année de transition. Après plus de vingt de course à pied sans blessure, brutalement une douleur au genou me fait prendre conscience de mon corps. Sans recours à la médecine traditionnelle, remis sur pieds par une rebouteuse en quatre séances, me voici à nouveau sur la ligne départ d’une course printanière de 10km. Je la termine en boitillant à 300 mètres de la ligne d’arrivée, mon genou droit refusant tout service. Et pour la première fois je sens le vent du boulet, as-tu exagéré, ton corps te le rappelle brutalement ? à ton âge, il est temps d’accrocher tes baskets au vestiaire non ? Retour à la case traitements ; traitements prodigués par Nathalie, une amie masseuse en soins thérapeutiques et randonneuse aguerrie avec qui j’ai effectué en raquettes à neige « la face nord du Mont-Tendre » (voir rando raquettes). Nathalie et moi faisons le bilan de mes ennuis de santé la cause ; la course à pieds. Dois-je envisager de m’arrêter ? Faut-il continuer ce sport exigeant ou se réorienter vers des sports plus « doux », vélo, randonnées, natation ? Quels effets sur mon moi, ma vie, le vide que je vais ressentir sans mes 3 à 4 entraînements hebdomadaires ? Mais comment expliquer à une non « runneuse » les sensations que l’on éprouve en course, des endorphines du bonheur qu’une demi-heure de running intensif procure, le retour en soi induit par le tap tap régulier de mes baskets sur l’asphalte, le défi d’aller parfois au-delà de ses limites où le mental prend le relais sur son corps ? Et tous les accessits, les vestiaires et ses odeurs de camphre, des pommades miraculeuses appliquées sur nos muscles, l’attente en peloton compact de sportives, sportifs sautillant devant la ligne de départ en commentant leur dernière course, leur blessure, leur manque de forme comme pour déjà excuser leur mauvaise performance ; le coup de pistolet libérateur du starter, s’élancer coudes à coudes sur le parcours, le contrôle de son corps durant la course, pulsations, vitesse et les kilos qui défilent puis en vue l’arrivée , tout donner pour gagner quelques dixièmes de secondes sur le chrono. Non tout ça Nathalie tu ne peux pas le ressentir et moi je le sais à travers notre discussion que mes courses, mes sensations de coureurs, déjà du passé ? Parler de la course à l’imparfait dur à l’imaginer. Mais là encore à moi seul appartient la décision. Bon ok j’arrête… ma dernière c’était en avril 2019 Cheseaux les Traînes savates après plus de 250 départs sans aucun abandon. Tout cela nous l’avons évoqué par la suite Nathalie et moi puisque la première randonnée nous l’avons faite ensemble. Le renouveau d’un ex runner qui recherchait dans la randonnée ses sensations de coureurs. Nathalie ma coach de vie comme je la surnomme, m’apprit à laisser de côtés mes « exploits » sportifs, mes défis. Comment aborder une randonnée sans chrono, sans rechercher les sensations fortes, regarder la nature, apprécier le paysage, vivre la randonnée pour ce qu’elle est. Non je ne suis pas encore totalement guérit mais je progresse. Je me laisse aller parfois à rechercher mes anciennes sensations, montée du lactique dans les jambes et souffle court lorsque le terrain s’y prête sous le regard indulgent de ma compagne de randonnée qui monte à son rythme. Et mon genou dans tout cela. Patiemment je me suis reconstruit, d’abord avec précaution dans les descentes, bâtons, indispensables pour le ménager, sortie en vélo pour le muscler et le faire travailler sans forcer sur les articulations et des randonnées, beaucoup de randonnées et de plus en plus en compagnie de Nathalie. Nous sommes devenus complémentaires, elle dans les descentes une vraie virtuose, virevoltante tout en souplesse les pentes les plus difficiles, moi dans les montées pour donner le rythme. Cette association de compétences a fait de nous une équipe soudée, heureuse et joyeuse. Au fil des randonnées mes muscles des genoux se sont renforcés, les douleurs sont presque une histoire ancienne, nous avons acquis une excellente condition physique. Nous avons progressé, gommé nos faiblesses, Nathalie dans les dénivelés positifs, moi dans les dénivelés négatifs et des randonnées de 6 heures à 7 heures sont monnaie courante. Nos randonnées ? Priorité aux sorties en transport public pour supprimer ces itinéraires en boucle, avoir le pouvoir de modifier notre tracé en fonction de nos envies. Pique-nique partagé, Nathalie aux applications Suisse rando, un sens de l’orientation infaillible, moi à l’horaire des transports publics. Sortie d’un jour sauf une exception, en tandem le masculin et le féminin n’est pas encore assimilé par nos proches. Parlez de votre pote ou compagnon de rando pas de problème, mais une pote ou une compagne de rando ça grince. Dommage. Lors de nos premières sorties nous en avons longuement discuté, cela me posait un vrai problème. Maintenant plus, j’ai dépassé ce cap.

Pierre-André