les 66 du Doubs

23, 24, 25 mai 2026

Lors de la randonnée dans le Jura de Porrentruy à St-Ursanne, j’ai vu un panneau de marche qui m’a interpellée, les 66 du Doubs, mon année de naissance. Renseignements pris, c’est le tour du Clos du Doubs en passant par 7 anciens villages de la commune. Je sais que je viendrai le parcourir en 2026.

Pentecôte, la météo s’annonce radieuse pendant 3 jours et c’est décidé, nuitées réservées, tracés définis, billet CFF dégriffé, transports en taxi réservés, sac à dos bouclé.

Je démarre samedi matin à la gare de St-Ursanne pour rejoindre Epiquerez. C’est la plus longue journée des 3 en termes de durée et de dénivelé. A la sortie du village, j’admire un troupeau de chevaux avec des poulains menés au champ vocalement par leur propriétaire. Ensuite, j’emprunte une jolie montée dans les pâturages, la forêt et une voie romaine pour rejoindre le col de la Croix.

Après une petite pause boissons, je repars et suis rejointe par un randonneur, Nicolas. Nous échangeons quelques mots et il me dit qu’il fait aussi les 66 du Doubs, il ajoute qu’il les fait en une journée pour ses 66 ans. Il habite un des villages du tracé et est parti à 4h du matin. Et dire que je me trouvais ambitieuse.

A la montée, il gagne du terrain que je rattrape à la descente. Ainsi nous cheminons une quinzaine de kilomètres et nous nous découvrons plein de points en commun. Comme il connait beaucoup de monde, nous pique-niquons dans la cour de la ferme Valbert, installés à table et en profitons pour remplir nos gourdes. Merci de l’accueil chaleureux.

Bien avant, nous avons emprunté un bout de chemin pour descendre sur Seleute, tronçon que j’avais déjà parcouru à Pâques et où j’avais repéré le panneau. Le paysage a beaucoup changé, l’herbe est haute et les troupeaux de vaches omniprésents.

En approchant de Montvoie, Nicolas me rend attentive aux ruines du château du même nom, imposant vestige du 12e siècle caché sous la végétation. Depuis Montvoie, c’est une costaude descente sur la Motte pour rejoindre les bords du Doubs et Ocourt. L’église d’Ocourt-la Motte est perdue entre les deux villages, posée au milieu des champs. Une exception me fait remarquer Nicolas.

Nous traversons le Doubs et je décide d’aller me baigner dans le Doubs avant la dernière montée sur Epiquerez. Nicolas, peu fan d’eau, continue, il faut dire qu’il a encore de nombreuses heures devant lui.

L’eau est peu profonde et je me dépose dans le lit de la rivière pour un rafraîchissement bienvenu. Ensuite c’est une montée exigeante et raide jusqu’au point 867m, heureusement partiellement dans la forêt. J’arrive à Epiquerez, m’installe sous un arbre pour attendre mon transport et me repose.

Une femme vient me chercher pour rejoindre sa nièce et son neveu sur leur terrasse, ils m’offrent de l’eau fraîche, me demande si je veux manger quelque chose et nous papotons jusqu’à l’heure de mon départ. Nicolas les a avisés de mon arrivée, je suis très reconnaissante et les remercie chaleureusement.

J’arrive à l’hôtel à Soubey et vais directement me baigner dans le Doubs tout proche après avoir posé mes affaires.

Après une bonne nuit, je retourne à Epiquerez en transport pour repartir de mon point d’arrivée.

Je sais que c’est certainement la journée la plus monotone, avec beaucoup de plat et de goudron, mais je ne sais pas encore que ce sera la plus longue en kilomètres. Je longe d’abord la frontière jusqu’au Chaufour pendant une heure à plat, puis je descends depuis la Pâture d’Amont dans les pâturages, l’herbe haute et les troupeaux. J’entre dans le champ de la Heutatte avec des vaches allaitantes et des ânes. Je contourne prudemment les vaches et leurs petits, sans me méfier des ânes, quelle erreur. L’herbe haute rend le chemin invisible. Je fais un point carte et l’un des ânes s’approche, me suit et cherche à me mordre le bras à de nombreuses reprises, il essaie même de me bousculer en me donnant un coup de croupe. Heureusement, je vois enfin le portail et sors abasourdie du champ.

Je rejoins le bord du Doubs et la passerelle que nous avions empruntée avec Alain à Pâques et m’arrête sur un banc pour retrouver mes esprits.

Depuis là, c’est majoritairement plat jusqu’à la passerelle de la Charbonnière. Je passe par Soubey, c’est rigolo de penser que je suis partie d’ici en taxi ce matin. Je suis sur le trajet « au fil du Doubs » et de nombreux randonneurs parcourent ce tronçon. J’ai de la peine à apprécier ce chemin plat, asphalté et suis encore un peu déstabilisée. Après avoir mangé, je traverse la passerelle et profite d’un bon bain dans le Doubs, qui me remet d’aplomb, avant la montée sur Epauvillers.

Ça monte vigoureusement par un étroit sentier, je croise plusieurs vététistes et ne voudrait pas être à leur place. Ensuite le chemin s’élargit et j’arrive au village. Il n’est même pas le milieu d’après-midi et je décide, après avoir vérifié les horaires de bus, de rejoindre le village suivant Montenol, à un peu moins d’une heure et demie. C’est un beau chemin, légèrement vallonné, ombragé qui m’amène à Montenol, hameau qui compte 86 habitants. Je m’installe en lisière de champ, à l’ombre pour attendre le bus qui me ramène à Soubey. En passant en bus à Essertfallon, je vois des dromadaires dans un champ. Après recherches, je ne souffre pas d’hallucinations, la petite ferme aux dromadaires propose même un appartement à louer.

A Soubey, je passe un long moment dans le Doubs à nager à contre-courant en faisant du surplace, j’adore.

Pendant le repas du soir, je partage ma table avec un couple venant de Zürich, nous échangeons en mélangeant suisse-allemand et français. Ils marchent aussi trois jours sur le chemin « au fil du Doubs », ils sont partis de Laufont pour rejoindre demain St-Ursanne, en ligne plus directe que moi. En été, ils tiennent une chambre d’hôtes dans le Médoc.

Le dernier matin, le premier bus est seulement à 10h. Je bouquine en l’attendant. Il me dépose à Montenol et me voilà déjà sur le dernier tronçon.

Le chemin traverse le village et quelques champs puis descends en direction du Doubs. Je renonce à la baignade, il me reste encore à parcourir la plus grande partie du trajet. Après la descente, évidemment c’est la montée, dans les pâturages, heureusement sans animaux, j’entends les sonnailles au loin. Il fait chaud et il y a peu d’air, contrairement aux jours précédents. Je ne croise personne, à part quelques chèvres, des chevaux et des lièvres. Depuis chez Danville, la vue, un peu brumeuse, sur les vallons alentour est incroyable. Je m’arrête pour pique-niquer au milieu de nulle part. C’est le tronçon le plus inhabité et isolé.

Soudainement, je longe un golf et arrive à la Caquerelle. La terrasse du restaurant m’accueille pour une boisson fraîche et j’en profite pour remplir ma gourde.

Il y a des gens qui finissent de manger, d’autres qui viennent pour jouer au golf, je suis complètement en décalage avec ma mine poussiéreuse et moite.

Je longe un moment la route puis repars à travers champs jusqu’aux Mallettes. J’entame la dernière montée, je passe Montgremay et rejoins la crête, ombragée, avec une petite brise bienvenue. Ensuite c’est la dernière descente d’abord sur un joli sentier exigeant, puis le chemin s’élargit et je finis sur un chemin carrossable en roue libre jusqu’à l’entrée ouest de St-Ursanne.

Je rejoins la plage pour une baignade méritée et bienfaisante, je fais la planche, un effort supplémentaire serait de trop. Une ultime montée pour rejoindre la gare et j’ai atteint ainsi les 66 km du Doubs, ses +2809m et -2824m en 20h environ. Le défi est réussi, accompli et je suis ravie.

Je pensais que ces trois jours seraient exigeants et en effet ils le sont. J’ai eu une pensée pour Nicolas les jours suivants en parcourant chacun des tronçons.

La variété des paysages, la flore, les chants d’oiseaux, les rencontres, j’ai adoré ce week-end sur les chemins du Jura. J’ai probablement passé des dizaines de fois des portails comme celui photographié.

J’ai appris sur place qu’il y a des dortoirs à Seleute et un camping ou possibilité de dormir sur la paille à Soubey ce qui permet de faire le tour sans utiliser de transports. Avis aux amateurs.

Nathalie

Jour 1 – 22.4 km – ↑1197m↓811m – durée indiquée 7h

Jour 2 – 23.9 km – ↑667m↓868m – durée indiquée 6h30

Jour 3 – 20 km – ↑859m↓1060m – durée indiquée 6h

Itinéraire jour 1

Itinéraire jour 2

Itinéraire jour 3

Itinéraire les 66 du Doubs